Un maître d'ouvrage qui compare trois architectes a généralement trois portfolios devant lui. Les trois sont superbes, parce qu'un portfolio se compose et que tout le monde, dans cette profession, sait photographier un bâtiment. Ce qu'aucun ne montre, c'est précisément ce qui déterminera la conduite du projet : ce que chaque agence a réellement été missionnée pour faire, et ce que quelqu'un d'autre faisait pendant ce temps-là.

Un contrat définit une mission, pas une agence. Deux agences peuvent intervenir sur le même bâtiment avec des responsabilités entièrement différentes, et la différence n'apparaîtra dans aucun des deux portfolios. Elle apparaîtra dix-huit mois plus tard, quand quelque chose tombera entre deux intervenants et que personne n'aura été payé pour le rattraper.

Ce que vous missionnez réellement

Le mot « architecte » recouvre plusieurs arrangements commerciaux distincts. Déterminer dans lequel vous entrez est la chose la plus utile à faire avant de signer quoi que ce soit.

Vous pouvez missionner une agence pour produire le concept architectural et rien de plus, auquel cas une autre agence développera ce concept, le coordonnera et le mènera jusqu'à la construction. Vous pouvez missionner un mandataire de la maîtrise d'œuvre, responsable non seulement de l'architecture mais de la direction des autres disciplines de conception et de la tenue d'ensemble du projet. Vous pouvez missionner une agence pour toute la durée de l'opération, de la première esquisse à la livraison. Ou vous pouvez entrer dans un montage où l'architecte, d'abord désigné par vous, est ensuite transféré à l'entreprise, ce qui change la personne à qui il répond au moment précis où le bâtiment commence à devenir réel.

Chacun de ces montages est une manière légitime de conduire un projet et aucun n'est intrinsèquement meilleur. Mais ils ne sont pas interchangeables, et le maître d'ouvrage qui croit avoir choisi le troisième alors qu'il a en réalité choisi le premier s'en apercevra au pire moment possible.

Les quatre montages courants

Architecte concepteur seul

L'agence produit le concept et, généralement, les premiers développements. Une autre agence, souvent un grand bureau local, le reprend ensuite. Ce montage est fréquent sur les grandes opérations, là où l'identité du bâtiment compte pour un maître d'ouvrage qui a par ailleurs besoin d'une capacité d'exécution à une échelle qu'une agence de conception ne détient pas nécessairement.

Il fonctionne lorsque la passation entre les deux agences est correctement définie. Il échoue lorsqu'elle ne l'est pas, car l'intention architecturale réside autant dans le jugement que dans les plans, et le jugement ne se transmet pas avec un jeu de fichiers.

Maîtrise d'œuvre mandataire

L'architecte est responsable de l'architecture et de la coordination des autres disciplines de conception : structure, fluides, façade, paysage et le reste. C'est une responsabilité sensiblement plus large que la seule architecture, et elle doit être chiffrée et dotée en conséquence.

Sa valeur tient à ce que quelqu'un réponde de la conception comme d'un objet unique et non comme d'une somme de chantiers parallèles. Son risque tient à ce que les maîtres d'ouvrage supposent parfois avoir désigné un mandataire alors que le contrat ne nomme que des prestations architecturales.

Mission complète jusqu'à l'achèvement

L'agence reste engagée du concept à la conception technique et à la construction. Ce que vous achetez, c'est la continuité du jugement. L'architecte qui a décidé pourquoi une jonction était détaillée d'une certaine manière est encore dans la pièce quand l'entreprise demande si l'on peut faire autrement, et il peut répondre par une raison plutôt que par une préférence.

Montages en novation

L'architecte est désigné par le maître d'ouvrage, produit la conception, puis se voit transféré à l'entreprise pour la réalisation. Ce schéma est familier en conception-réalisation et il peut très bien fonctionner, mais il change la personne pour laquelle l'architecte travaille. Comprendre ce basculement, et convenir de ce qui protège la conception avant qu'il n'intervienne, constitue tout le risque.

Où réside réellement l'intention architecturale

Les trois montages qui séparent la conception de la réalisation reposent tous sur le même postulat : ce qu'une agence a décidé peut être remis à une autre. Il vaut la peine d'être précis sur ce qui se transmet, car les plans en sont la plus petite part.

Un jeu de plans consigne des décisions. Il ne consigne pas pourquoi elles ont été prises, quelles alternatives ont été essayées puis écartées, ni quelles dimensions portent l'idée et lesquelles sont simplement l'endroit où le trait est tombé. Une hauteur d'étage peut être le produit de trois semaines passées à concilier la structure, les fluides et la vue depuis un balcon. Sur le plan, c'est un chiffre, et un chiffre appelle la question raisonnable de savoir s'il ne pourrait pas perdre cinquante millimètres.

C'est pourquoi une passation bien conduite transmet un raisonnement et pas seulement des fichiers : quelles décisions sont arrêtées et pourquoi, lesquelles restent ouvertes, ce qui a déjà été essayé, et ce que la conception perdrait si telle contrainte était relâchée. Cela demande deux jours d'écriture et c'est ce qui sépare une agence d'exécution qui développe la conception d'une agence d'exécution qui la redécouvre lentement.

La même logique explique pourquoi la continuité a une valeur que l'on sous-estime facilement. Le jugement s'accumule. Une agence présente depuis deux ans sur un projet en sait des choses que personne n'a écrites ; et lorsqu'elle s'en va, ce savoir s'en va avec elle.

Ce qu'un portfolio peut, et ne peut pas, vous dire

Puisque la plupart des maîtres d'ouvrage commencent par les portfolios, il vaut la peine de savoir de quoi ils sont la preuve.

Un portfolio vous dit avec fiabilité ce qu'une agence trouve beau, dans quelles typologies elle a travaillé et à quelle échelle. C'est réel et c'est utile. Ce qu'il ne vous dit pas, c'est de quelles parties de chaque bâtiment montré cette agence était responsable, jusqu'où allait sa mission, si elle coordonnait les autres disciplines ou si elle était coordonnée par elles, ni si elle était présente quand le bâtiment s'est effectivement construit.

Deux agences peuvent légitimement présenter la même tour. L'une l'a conçue et s'est retirée à la fin du concept ; l'autre l'a développée, coordonnée et livrée. Les deux images sont honnêtes. Elles décrivent des travaux entièrement différents, et une seule de ces agences a répondu à une question de chantier à onze heures du soir.

La question utile, devant un projet, n'est donc pas de savoir s'il vous plaît. C'est : quelle était votre mission, quand êtes-vous arrivés, quand êtes-vous partis, et qui tenait la conception ensemble pendant que vous étiez là ? Une agence qui répond clairement à cela vous dit comment elle travaille. L'essentiel de la valeur d'un entretien autour d'un portfolio tient à cette réponse plutôt qu'aux images.

Comment les honoraires suivent la mission

Les honoraires varient selon ce qui est demandé, ce qui explique que comparer les honoraires de plusieurs agences n'ait de sens qu'une fois les missions rigoureusement identiques. Une proposition d'avant-projet et une proposition de mission complète ne sont pas deux prix pour une même chose. Ce sont les prix de deux choses différentes, et la moins chère n'est pas nécessairement la mieux-disante.

La comparaison utile se fait phase par phase : ce qui est produit à la fin de chacune, qui l'examine, ce qui est inclus lorsque la conception évolue, et ce qui se passe pendant la construction. Deux agences annonçant le même montant global peuvent proposer des travaux sensiblement différents, et l'écart tend à se révéler au moment où il coûte cher.

Qui répond de quoi

Sur tout projet d'envergure, il y a plusieurs intervenants et au moins une entreprise, et c'est aux frontières entre eux que logent les problèmes. L'architecte n'est pas responsable de la tenue de la structure, l'ingénieur structure n'est pas responsable des performances de la façade, et l'entreprise n'est pas responsable de la conception, sauf si le mode de dévolution en dispose ainsi.

Ce qui compte, c'est que chaque responsabilité soit portée quelque part, délibérément. L'échec le plus courant sur un projet mal découpé n'est pas que quelqu'un ait mal fait son travail. C'est qu'une tâche que personne n'avait été missionné pour faire est restée en souffrance, et qu'elle a été découverte par ceux qui construisaient.

La coordination est la tâche la plus souvent supposée plutôt que confiée. Quelqu'un doit confronter les disciplines les unes aux autres, décider laquelle cède lorsque deux ont raison, et porter cette décision jusqu'au bout. Sur un projet bien structuré, cette personne est nommée et payée. Sur un projet mal structuré, chacun suppose que c'est quelqu'un d'autre, et le malentendu tient jusqu'au point exact où deux lots se rencontrent et se contredisent.

Idées reçues

« Un beau portfolio signifie qu'une agence convient à mon projet »

Un portfolio montre avec fiabilité ce qu'une agence trouve beau. Il ne montre pas de quoi cette agence était réellement responsable sur un bâtiment donné, ni jusqu'où allait sa mission.

« Les honoraires les plus bas sont les mieux-disants »

Deux propositions annonçant le même montant global peuvent chiffrer des missions entièrement différentes. La moins chère n'est pas nécessairement la mieux-disante — elle chiffre peut-être simplement moins de travail.

« La coordination se fait toute seule si chacun est compétent »

Des spécialistes compétents produisent des lots compétents. Les interfaces entre eux n'appartiennent à personne tant que quelqu'un n'est pas nommé et payé pour en répondre.

« Une novation ne change rien à la façon dont l'architecte travaille »

Elle change la personne à qui l'architecte répond, au moment précis où le bâtiment commence à devenir réel. Comprendre ce basculement à l'avance constitue tout le risque.

Une liste de contrôle avant de missionner

  • Quelle mission suis-je en train de confier : concept, maîtrise d'œuvre mandataire, mission complète ou montage en novation ?
  • Quelles phases le contrat couvre-t-il, et que se passe-t-il à la fin de la dernière ?
  • Qui coordonne les autres intervenants, et est-il payé pour le faire ?
  • Qu'est-ce qui est produit à chaque phase, et qui le valide ?
  • Si la conception passe à une autre agence, quel raisonnement l'accompagne ?

Les décisions de mission survivent aux décisions de conception. Une façade peut être reprise. Un contrat imprécis n'est généralement repris qu'après avoir déjà coûté quelque chose, et la reprise est alors une négociation plutôt qu'un dessin.

Sur COMO Residences, la mission que nous a confiée Nakheel était celle d'architecte concepteur : concept et développement de la conception, s'achevant avant la réalisation. Connaître ce périmètre avec précision, dès la première réunion, est ce qui a permis au contrat de fonctionner proprement ; les quatre montages ci-dessus n'ont rien de théorique pour nous, ils sont la manière dont nos propres missions sont effectivement rédigées.

Si vous réfléchissez à la structuration d'un projet, notre guide des phases RIBA expose ce que décide chaque phase de travail, les honoraires d'architecte à Dubaï traite de la traduction d'une mission en coût, et la maîtrise d'œuvre mandataire détaille ce rôle. Nos compétences sont organisées autour de ces distinctions ; et si vous souhaitez discuter du périmètre d'une mission, écrivez-nous.